Qu'il est aisé de donner à cet outil de communication l'allure qu'on veut lui donner. Qu'il est aisé de ne montrer que la part de notre vie  que les gens attendent, celle qui montre que je vais bien, que je fais des balades à moto, que ma fille est une mangeuse de livres. Y a-t-il vraiment des gens pour croire que ce que j'y publie est réellement le reflet de la réalité ?

Facebook est un miroir aux alouettes : mettre un masque n'a jamais été aussi facile qu'à travers cet écran.

La vérité c'est que tout ne va pas bien. La vérité c'est que je suis en arrêt maladie depuis 15 jours et que je ne reprendrai pas : mon diabète est de retour, je passe mes journées en hyperglycémie, mes organes s'épuisent, mes yeux souffrent, ma fatigue est extrême. J'ai été jusqu'au bout de ce que je pouvais donner, peut-être même au-delà. Et pourtant, je m'en veux une fois encore. Cette année a été merveilleuse avec des collègues extras et des élèves simplement géniaux. J'ai une fois de plus l'impression de les avoir abandonnés. Je déteste finir une année comme ça. Mère Muco ne me lâchera donc décidément jamais la grappe ?

Je suis épuisée. Du haut de mes 35 ans, j'ai l'impression d'avoir moins d'énergie que des gens de 60. Notez que c'est bien, vu que cet âge-là, je ne l'atteindrai pas, ça me donne un aperçu... M'enfin ça ne m'aurait pas dérangée de la connaître plus tard cette sensation que votre corps craque, grince, s'épuise. Cette fatigue permanente qui me fait redouter même les départs en vacances et les nuits courtes. J'ai 35 ans et déjà trop vieille pour sortir.

Et puis il y a Angelina.

Déscolarisée depuis le 4 mai parce que sa maladie l'empêche désormais de tenir le rythme du collège. Elle a mal, toujours et est épuisée, toujours. Même après quelques heures de shopping ou de sortie agréable avec les copines, son corps est au comble de l'épuisement. Elle dort. Qu'elle que soit l'heure dans ces cas-là : 2h de shopping lui valent 3h de sommeil pour tenter de récupérer, ce qu'elle n'arrive pas à faire de toute façon. Se réveiller épuisée comme si elle n'avait pas dormi après 12h de sommeil, voilà son quotidien. Et ma bichette de 13 ans passe son brevet cette semaine et la semaine prochaine : cette semaine, oral d'histoire des arts. La semaine prochaine, les épreuves écrites. J'ai fait tout ce que j'ai pu, accompagnée par une fabuleuse prof à domicile, pour l'aider au mieux à rattraper tous ces cours qu'elle a manqués et pour se préparer à l'épreuve. Je suis la première à dire qu'en soi, le brevet n'a qu'un importance relative, sauf que pour elle, ça compte ! Comment accepter de se "ramasser" à cause de la maladie quand elle sait qu'elle a largement les capacités d'obtenir une mention ? Dure prise de conscience qui lui explose en pleine figure en pleine adolescence. Il va falloir apprendre à composer avec. Pour le brevet (2 jours d'épreuve à suivre me paraissent insurmontables compte tenu de son état actuel...) mais aussi et surtout dans les années à venir...

Alors voilà, Facebook croit que je vais bien, que ma vie est bien remplie et que je n'ai plus trop le temps de publier. Mais la réalité est tout autre : je n'arrive pas à publier parce que je n'ai pas envie de tomber dans ce piège, parce que je n'ai pas envie de saouler les gens, parce que je n'ai pas envie qu'on vienne me dire : "mais pourquoi tu te prends la tête ? Profite de la vie, c'est tout ce que tu as à faire !" Si seulement c'était si simple... Moi l'adepte du CARPE DIEM, il est parfois bien lourd le DIEM...

Ne vous méprenez pas, je reste positive et pleine de projets : reprise d'études l'année prochaine, j'ai entrepris de faire du théâtre et du violon qui est une vraie révélation après 28 ans de piano, retour au boulot en septembre en abaissant mon nombre d'heures. Mais voilà, j'avais envie de vous dire ce qu'était ma vie en vrai en ce moment, parce que Facebook ne sait pas tout...