On m'avait dit : tu auras une vie normale. Beaucoup ont pensé : t'es greffée, t'es guérie ! J'ai presque failli y croire...et je me suis brûlée les ailes.

Dans un monde où il ne fait pas bon montrer ses faiblesses, je suis la reine. Nul ne sait ce que représente une journée de travail dans mon quotidien. En tous cas, nulle personne qui ne soit dans le même cas que moi. Nul n'imagine les douleurs permanentes que mon corps me fait ressentir : je me lève à grand peine le matin tant mon dos me fait souffrir, je dois souvent arrêter net ce que je suis en train de faire tant la douleur fulgurante qui envahit mon ventre est intenable. Je ne parle pas de cette faiblesse incommensurable que je ressens plusieurs fois par jour, si je n'ai pas pu, et c'est souvent le cas dans mon métier, faire une pause à temps pour prendre une collation. Cette bouchée de biscuit ou de barre chocolatée qui manque va avoir des conséquences sur plusieurs heures : la faiblesse en première ligne, ce froid qui m'envahit et qui ne me quittera pas jusqu'au soir quand enfin je pourrai prendre un bon bain chaud parce que je n'ai pas assez d'énergie pour réchauffer mon corps moi-même, quelles que soient les couches de pulls que j'aurais amoncelées. La migraine aussi, qui ne me lâchera pas non plus jusqu'à ce que mon corps, rompu de sommeil, s'endorme enfin, quand mon cerveau l'autorise...

104944134Personne ne sait que je n'ai pas 35 ans physiologiquement, je fais bonne figure, je me maquille, je m'apprête. Je fais même en apparence bien souvent moins que mon âge. Comment oser dire son mal être quand certaines personnes qui pourraient être mes parents me disent "oh mais arrête, tu es toute jeune et pleine d'énergie ! Tu verras quand tu auras mon âge..."  J'ai "ton" âge et même plus, mais c'est à l'intérieur que ça se joue : l'ostéoporose me fait de plus en plus souffrir, je ne peux pas passer la nuit dans la même position, j'ai mal aux os (même en l'écrivant cette phrase a l'air étrange, tu m'étonnes qu'on ne me croit pas !) Mes reins défaillent de plus en plus, mon pancréas n'en fait qu'à sa tête...

Et pourtant ! Ma tête fourmille d'un tas de projets : j'ai repris mes études, je me vois doctorante ; en tant qu'enseignante, je me vois aider les élèves à besoins particuliers ; en tant que maman, je me vois grand-mère, un jour peut-être... Je me sens prisonnière d'un corps qui ne m'appartient pas, qui ne me correspond pas. Je suis devenue comédienne le temps d'une saison, je n'en ai plus la force.

Alors je vis au jour le jour, ça ne me change pas vraiment finalement, CARPE DIEM plus que jamais mais moins que ce que j'espérais.

Pourtant ai-je le droit de me plaindre ? Je suis en vie, certains, beaucoup trop d'ailleurs, sont partis...

Je ne sais, au fond, ce que pensent les gens qui  me côtoient, qui m'entourent mais je me sens, dans  mon incapacité à tenir mes engagements, en mon for intérieur, aux yeux de tous et de la société, coupable.